Jeudi 19 octobre 2017
Histoire des ardoisières angevines de St-Blaise, aujourd'hui rebaptisée "Mine bleue"

Plus récente que les ardoisières voisines de Misengrain et de Bel Air , toutes antérieures au XX ème siècle, elle naît en plein milieu de la première guerre mondiale, le 30 Mai 1916. La banque Bougères en est l'actionnaire principal et le directeur s'appelle Monsieur DELOUVRIER. Cinq ans ont été nécessaires à la préparation de l'exploitation qui débute vraiment en 1921. 170 personnes y travaillent dont une centaine au fond et les autres sur la butte.

Le travail au fond.

Le sciage au fil, une méthode révolutionnaire mais ... inefficace.

Les fendeurs, "ceux d'à haut".

"Laisser une ardoise" ...

"Debout les femmes ! Nous combattons pour la sociale !"

Le crack boursier de1930 et la faillite de la banque.


Le travail au fond.

La méthode montante aux ardoisières La méthode montante aux ardoisières Au fond il existait deux postes, de 6 heures à 14 heures et de 18 heures à 2 heures du matin. L'exploitation à la poudre explique ces horaires décalés. Il fallait bien que les fumées s'évacuent par la cheminée "Venturi" que l'on peut encore voir sur le site. C'est une des dernières existant en France. L'exploitation se faisait à la méthode remontante, beaucoup moins dangereuse que la méthode descendante des puits bouteilles.
A la Gatelière le premier niveau d'exploitation se situait à moins 126 mètres et comportait une vingtaine de chambres. Un nouveau niveau avait été préparé en vue de démarrer une nouvelle exploitation avant la fermeture. Les ouvriers du fond descendaient dans la mine grâce à un plan incliné à 37° de pente sur lequel roulait un chariot. Il servait à descendre le personnel, les ânes qui tiraient les chariots au fond et à remonter les retour pièces. La machinerie était actionnée à la vapeur.


Le sciage au fil, une méthode révolutionnaire mais ... inefficace.

La Gatelière était une entreprise innovante. Le sciage au fil y avait été mis en service. C'était une méthode qui consistait à débiter la pierre avec un système de fil d'acier qui tournait sur deux poulies.C'est un peu le principe du fil à couper le beurre. La méthode n'a pas connu un grand succès car il fallait travailler à sec. Ce qui dégageait énormément de poussière et brûlait les parois de la pierre, la rendant pratiquement impossible à fendre. Il y a bien eu la tentative d'humidifier le fil, mais il se gommait et ne sciait plus.
La méthode de sciage au fil a été également installée en surface à Misengrain. Environ une dizaine de machines ont été mises en place dans un atelier. La quantité de poussière dégagée était telle que dans le quart d'heure qui suivait la mise en route, on ne se voyait plus dans l'atelier. Les ouvriers qui ont inaugurés cette méthode ont fait partie des gens qui ont peut être avaler autant de poussière que les fonceurs dans la mine. Ils retour ont tous été victimes de la schistose, cette terrible maladie. La méthode a très vite été arrêtée.


Les fendeurs, "ceux d'a haut".

A la Gatelière, si les ouvriers d'à bas avait des horaires précis, en surface, les « seigneurs de la butte » comme on les appelaient, étaient leurs maîtres. Ils travaillaient le temps qu'ils voulaient en fonction de la qualité de la pierre qu'on leur distribuait. Ils «achetaient» leurs blocs et «revendaient» les ardoises qu'ils en tiraient. Ils pouvaient passer douze à quatorze heures par jour sur le chantier, comme partir en «devarine» quand bon leur semblait. Certains avaient même aménagé leurs cabanes pour y dormir pendant la belle saison. C'était avant les années cinquante car, après, les ateliers modernes sont venus remplacer les cabanes de la butte.
Les dimanches se passaient sur le chantier. Les enfants venaient aider leur père à nettoyer la cabane, à apprendre le travail. Systématiquement, un fils de fendeur devenait fendeur après avoir fait un apprentissage et passé son CAP. Il devenait alors patron à son tour et formait un ouvrier après avoir subis la cérémonie de «guètrage» et payé sa «hanne». Une grande fête était organisée sur le chantier. C'était l'occasion de boire la « postillone », ce mélange de café et d'eau de vie (A l'époque, un verre de café dans un litre d'eau de vie). On en profitait aussi pour jouer au retour lancer de maillet, au « fertio » ou à faire la course avec les sabots à querner.


"Laisser une ardoise" ...

Lorsque les ouvriers rentraient chez eux, bien éméchés, il ne faisait pas bon leur chercher des noises. D'où l'expression bien connu dans nos campagnes d'antan «Détache le chien Marie, v'la les Perreyeux !».
"Laisser une ardoise" est une expression bien connue. Elle est encore utilisée aujourd'hui. Lorsque nos perreyeux avaient le gosier sec, ils s'en allaient faire un tour au troquet du coin et ils n'avaient pas toujours d'argent dans leur poche. La tenancière du troquet faisait donc un trait sur une ardoise. Chaque perreyeux avait la sienne. Lorsque l'ardoise était pleine, il fallait alors sortir les espèces sonnantes et trébuchantes. Si par retour malheur un perreyeux disparaissait sans avoir payé, il laissait ... une ardoise.


"Debout les femmes ! Nous combattons pour la sociale !"

Pendant toute la durée de l'exploitation on a dénombré un seul accident mortel. Celui du sieur Jean DUMAS le 29 juin 1935. Il avait alors 54 ans et habitait Noyant la Gravoyère.
Les femmes sont venues travailler aux ardoisières dès 1914 pour remplacer les hommes qui étaient partis à la guerre. Elles exerçaient le métier de fendeuses et vaquaient aussi aux différents postes d'entretien. Quelques hommes étaient restés pour faire l'extraction et le débitage de la pierre.
A cette époque pour espérer bénéficier d'une retraite, il fallait travailler au minimum entre quinze et trente années. Le temps situé entre ces deux périodes n'était pas pris en compte pour le calcul de la retraite. Les ardoisiers (assimilés aux mineurs) ont pu bénéficier de la caisse de sécurité minière à partir de 1920. Il a fallu attendre 1947 pour bénéficier du statut du mineur. Avant, les ardoisiers étaient considérés comme des carriers. A partir des années 30, s'ils avaient travaillé 20 ans au fond en atteignant l'âge de 50 ans, ils pouvaient espérer bénéficier d'une retraite annuelle de 1100 francs. C'était finalement très rare avec la maladie appelée la schistose, qui s'apparentait à la silicose et à l'antracose retour du charbon.


Le crack boursier de 1930 et la faillite de la banque.

C'était une époque où le chômage n'existait pas. On quittait une ardoisière pour une autre pour un oui ou pour un non. A l'époque de la banque Bougères, les salaires étaient relativement intéressants. Un ouvrier du fond pouvait gagner 5 francs, 8 francs, voire 13 francs pour un responsable, alors qu'un ouvrier agricole touchait 2,50 francs. Ces salaires n'étaient pas pratiqués par les autres patrons ardoisiers.
En 1929 la banque Bougères subit le contre-coût du crash boursier de Wall Street mais tient le coup jusqu'en 1931. On dénombre encore 250 personnes travaillant aux « Ardoisières Angevines de Saint-Blaise» dont une vingtaine de femmes et d'enfants. Rachetée par les retour Ardoisières d'Angers, elle fermera ses portes pendant les premiers congés payés en 1936.

 
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